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Du 20 au 30 mai 2019, six étudiantes des filières physiothérapie et ergothérapie participent à un module clinique interprofessionnel à Wuxi, organisé par HESAV en partenariat avec la Jiangnan University. Pendant dix jours, elles seront en immersion au Tongren International Hospital et échangeront avec son personnel soignant sur les pratiques de médecine spécifiques à la Chine et à la Suisse.

Faisant écho aux formations de HESAV basées sur l’interdisciplinarité, cet hôpital a la particularité de proposer des thérapies relevant à la fois de la médecine traditionnelle chinoise et des approches occidentales. Des activités en lien avec la prise en charge des patient.e.s seront également proposées à nos étudiantes.

Le vendredi 31 mai, elles quitteront Wuxi pour Shanghai afin d’assister à une présentation du Swissnex China : une organisation connectant les savoirs suisses et chinois dans les domaines de l’innovation, l’éducation et la recherche. Donnée par le Dr. Felix Moesner, elle sera suivie d’un temps d’échanges au cours duquel nos Hesaviennes pourront s’entretenir avec les différent.e.s membres du Consulat.

 

Jour 1 : Notre arrivée dans le monde des thérapies chinoises

Après notre périple jusqu’en Chine, nous avons eu tout d’abord le plaisir de découvrir et de  nous installer sur le campus de la Jiangnang University à Wuxi : c’est une petite ville dans la grande métropole.

Notre arrivée au Tongren Hospital débute par un chaleureux accueil du chef physio et des autres professionnel.e.s de la santé. La visite des différents services nous a permis d’avoir une bonne vue d’ensemble des différentes thérapies et des salles de traitement. Celles-ci nous ont marquées par leur taille gigantesque et le nombre de patient.e.s traité.e.s en même temps.

Durant nos premières observations, nous avons remarqué la présence quasi permanente d’un membre de la famille durant le traitement ainsi que son implication active. Nous avons pris le repas de midi à la cafétéria de l’hôpital où il a été une fois de plus difficile de passer commande et de savoir ce que nous étions en train de manger. En résumé : c’était très bon.

Durant l’après-midi, nous avons pu découvrir les salles d’ergothérapie plus en détail. L’une d’entre elles servait également d’appartement aménagé pour exercer le retour à domicile. Nous avons été surprises d’y découvrir une machine à coudre et un instrument à cordes. Dans la salle principale d’ergothérapie se trouvent une dizaine de tables sur lesquelles les patients travaillent côte à côte avec les membres de leur famille et des ergothérapeutes.

Cette première journée aura été très agréable grâce à la gentillesse des soignants et des autres étudiants.

Jour 2 : Les « care keeper »

En Chine, la famille semble avoir une grande importance dans l’accompagnement des patient.e.s. En effet, il y a toujours une, voire deux, personnes autour du « malade ». C’est pourquoi nous avons été impressionnées par le nombre de personnes présentes lors des thérapies. Aujourd’hui, nous nous intéressons donc aux « care keepers ». Ces aidants sont soit des personnes de la famille (parents, époux, …) soit des personnes embauchées par les familles pour s’occuper du « malade ». Le salaire de ces personnes est de 100 Yuan (env. 15chf) par jour, un prix relativement élevé pour la population chinoise. Les « care-keepers » sont les personnes qui accompagnent toute la journée les patient.e.s au sein de l’hôpital. Elles ont tout d’abord un rôle de transporteur: elles conduisent leur patient.e aux diverses salles de thérapies. Les « care keepers » doivent également se charger d’aider leur patient.e. dans les transferts (par exemple du fauteuil roulant à la table de thérapie).

Ils les aident également dans la réalisation des soins personnels tels que la toilette, l’habillage, la prise des repas et la lessive … Le « care-keeper » passe l’entièreté de sa journée avec le-la patient.e, y compris la nuit. Durant les thérapies, les thérapeutes utilisent les « care-keepers » pour assister la séance (mettre les chaussures, apporter les moyens d’aide à la marche et fauteuils roulants), ils leur apprennent, durant les premiers jours, la réalisation des transferts et le positionnement au lit si nécessaire.

Nous avons découvert là, une déclinaison particulière et intéressante du travail d’équipe au travers de cet acteur impliqué auprès du-de la patient.e.

 

 

 

 

 

Jour 3 : Médecine traditionnelle chinoise

Au Tongren Rehabilitation Hospital, tous les patients ont une séance quotidienne d’acupuncture. Le principe de cette thérapie millénaire consiste à piquer de fines aiguilles sur des points spécifiques, en fonction des plaintes et difficultés du-de la patient.e. Certaines fois, les aiguilles sont piquées sur des méridiens afin d’agir sur des organes internes précis. Nous avons pu tester cette technique en s’entraidant en premier lieu sur une boîte en carton, puis sur nous-mêmes. Nous avons été surprises de la profondeur à laquelle les aiguilles sont plantées et par la chaleur diffuse provoquée. Parfois, les patient.e.s ont un traitement par application de ventouses et/ou de massages. Suite aux explications de la doctoresse, nous avons expérimenté l’application de ventouses entre nous. Cela a laissé des belles traces sur nos dos… Nous vous donnerons des nouvelles dans quelques semaines.

 

En fin de journée, nous nous sommes baladées dans un très beau parc.

 

 

Jour 4 : Une vision partagée de l’ergothérapie en santé mentale

La matinée fut consacrée à la visite du service de santé mentale. Nous avons commencé par une partie partiellement ouverte vers l’extérieur : les patient.e.s qui s’y trouvent peuvent avoir la visite de leur famille et ont le droit sortir. Ils vivent là-bas comme dans une petite communauté de vie. Il y a plusieurs ateliers pour la réhabilitation au travail. Dans l’atelier couture, les patient.e.s cousent des draps de lits. Il arrive qu’ils soient bien meilleurs que les thérapeutes et leur apprennent des techniques. Dans l’atelier peinture, les patient.e.s créent des figurines en terre cuite. Ces dernières sont offertes ou vendues lors des grandes fêtes ou événements. Elles représentent deux petits dieux, qui protègent des démons. Nous avons d’ailleurs pu essayer d’en peindre. La vente des produits leur permet d’avoir un revenu.

Par la suite, l’ergothérapeute nous a accompagnées dans le service de psychiatrie aiguë. Les ergothérapeutes interviennent parfois dans les chambres des patient.e.s (patient area) et parfois dans les zones thérapeutiques. On y trouve par exemple une cuisine et une salle de gym, dans lesquelles se déroulent les thérapies de groupes. Nous avons beaucoup parlé avec les ergothérapeutes, qui ont une vision extrêmement proche de nous concernant la santé mentale. Pour eux, les patient.e.s ont besoin de vivre, s’amuser, trouver du travail, avoir une famille, avoir des rapports sexuels, avoir des amis, etc. Le rôle des ergothérapeutes est de les préparer à un retour dans la société, au travers de ces objectifs de vie. Nous avons cependant été étonnées du fait que certains patient.e.s peuvent séjourner en hôpital sur de longues périodes. Certains sont là depuis plus de 10 ans !

 

Jour 5 : La musico-thérapie

La musico-thérapie, au sein du Tongren Hospital, est utilisée dans les domaines de la santé mentale, neurologie, musculo-squelettique et cardio-respiratoire. Les musicothérapeutes ont suivi une formation en Chine ou à l’étranger, formation et profession qui sont reconnues dans ce pays.

Cette thérapie est réalisée de façon créative à l’aide de divers moyens : le chant, la danse, la rythmique, les instruments variés. Cette pratique thérapeutique peut se décliner en séance individuelle ou en groupe. Elle permet de travailler différents aspects des pathologies. Elle peut notamment être utilisée pour la mise en mouvement, la communication verbale et non verbale, l’articulation des mots, l’expression des émotions, l’interaction entre patients, l’écoute et le respect de l’autre…

A travers la création de ‘moments musicaux’ ou le chant, elle permet de favoriser de façon positive l’expression et l’estime de soi. De même, l’humeur est affectée positivement par le chant et la musique ; la mémoire et les autres fonctions exécutives sont mises à contribution. L’utilisation de chansons connues, en groupe, renforce l’interaction sociale et le sentiment d’appartenance à un groupe.

Plus spécifiquement, en neurologie, nous avons découvert que le rythme (utilisation des mains ou d’un bout de bambou par exemple) est bénéfique dans le cadre de la maladie de Parkinson ou des pathologies qui se manifestent au travers de Tremor. Le rythme permet de canaliser les tremblements et de rendre le mouvement plus fluide. Dans le domaine musculo-squelettique, le rythme permet d’initier et de stimuler le mouvement. Les fonctions cardio-respiratoires, la gestion du stress peuvent être également stimulées via cette thérapie.

Et voilà déjà la fin de la première semaine qui fut fort riche en découvertes et interactions… Nous partons d’un bon pied pour le week-end!

 

 

 

 

Week-end

Samedi, nous nous sommes rendues au Lingsham Buddha sous une météo capricieuse. Ce parc gigantesque présente différents temples, bâtiments, fontaines et statues, dont un Buddha de 88 mètres de haut. Celui-ci surplombe la forêt autour du parc et est visible depuis plusieurs kilomètres à la ronde. Malgré nos pieds mouillés, la visite a été une réussite !

Nous avons ensuite passé la soirée avec Merry, une étudiante physiothérapeute du Tongren Hospital. Elle nous a fait découvrir l’art du Hot Pot (la vraie fondue chinoise). Les centres de tables sont faits pour accueillir de grands récipients en métal qui contiennent différents bouillons dans lesquels cuisent de la viande, du poisson, des légumes, des pâtes, etc… Nos papilles s’en rappelleront longtemps ! Avec elle, nous avons pu échanger sur la culture chinoise, leurs habitudes de vie… Par exemple, elle a pu nous décrire les bienfaits pour la santé des différents aliments que nous dégustions.

Dimanche, nous avons passé la journée à Suzhou. Après un départ mouvementé et plein de rebondissements ferroviaires, nous sommes arrivées à destination ; nous nous sommes baladées entre les petits commerces, temples, canaux et véhicules motorisés… de quoi ramener quelques souvenirs à la maison. La pluie n’a pas fait disparaître nos sourires 😉

 

Jour 6 : Ergothérapeute et physiothérapeute, deux métiers entrelacés

Durant notre première semaine d’observation à l’hôpital, nous avons pu constater une grande proportion d’étudiant.e.s dans les salles de thérapies. Chaque thérapeute prend en charge un.e étudiant.e qui reste souvent dans l’observation. Nous avons rencontré une étudiante qui nous a expliqué que leur formation se déroule sur 3 ans. Ils-elles commencent par suivre des cours dans une école et finissent par une année de stage. Il semblerait que ce soit une formation de base que les thérapeutes diplômé.e.s complètent ensuite avec des formations complémentaires spécifiques. Pour ce faire, ils-elles partent dans d’autres hôpitaux et reviennent pour partager leur savoir avec leurs collègues.

Nous voyons sur la photo ci-jointe les ergothérapeutes qui se forment à la santé mentale au Tongren Hospital, durant 6 mois.

Par ailleurs, nous avons appris il y a quelques années que les ergothérapeutes et les physiothérapeutes avaient une formation commune. Ils étaient formés à être thérapeute de réhabilitation et se spécialisaient une fois sur leur lieu de travail. Ceci pourrait expliquer que les moyens de traitements utilisés sont très semblables dans les deux domaines. En effet, par exemple, alors que les ergothérapeutes ont une approche très analytique, les physiothérapeutes s’occupent de la réinsertion au travail.

 

Jour 7 : Soins infirmiers

Nous avons eu l’occasion de découvrir les différents services de l’hôpital (accidents de travail, domaines cardio-respiratoire et neurologie, blessé.e.s médullaires, soins continus). L’emploi du temps des infirmières est bien chargé : elles ont entre 10 et 20 patient.e.s chacune. Toutefois, les soins corporels, les transferts, les déplacements et la prise des repas sont prodigués par les care-keepers. Les chambres comprennent entre deux et cinq lits pour les patient.e.s et des lits d’appoint pour les care-keepers.

Un rôle prédominant dans la pratique infirmière est l’éducation thérapeutique aux patients, care-keepers et familles. En effet, plusieurs pancartes sont affichées dans les chambres et dans les couloirs rappelant les bonnes pratiques à adopter. De plus, le dimanche après-midi sont organisé des rencontres d’enseignement thérapeutique en groupes (patient.e.s, famille et care-keepers). Les infirmières semblent avoir des contacts réguliers avec les médecins travaillant sur le même étage. Cependant, la collaboration interprofessionnelle avec les autres thérapeutes reste occasionnelle. Des petites salles contenant du matériel de physiothérapie sont également présentes sur certains étages. Dans le service cardio-respiratoire, une physiothérapeute spécialisée dans le domaine reste présente en continu pour des thérapies adaptées aux patient.e.s de cet étage.

 

 

Jour 8 : Gestion de la douleur – no pain no gain

Dès les premiers jours, nous avons été interpellées par la gestion de la douleur dans les thérapies de réadaptation. En effet, dans les salles d’orthopédie et de traumatologie, il n’est pas rare de voir des patient.e.s exprimer explicitement leur douleur (gémissements, larmes, cris, …). En questionnant les thérapeutes, nous comprenons que la gestion de la douleur est à la charge du-de la patient.e. La douleur est considérée comme normale dans les thérapies et il semblerait qu’elle fasse entièrement partie du processus de réadaptation.

 

Toutefois, les thérapeutes laissent de la place à l’expression de la douleur, ce qui était parfois difficile pour nous à tolérer. Le-la patient.e a la possibilité de recevoir des médicaments antalgiques, pour lesquels le médecin doit à chaque fois donner son accord. Quotidiennement, chaque patient.e reçoit une séance de médecine traditionnelle chinoise (acupuncture, ventouse, « encens ») avec comme objectif principal la diminution de la douleur.

 

 

 

 

 

 

Jour 9 : Dragon Boat Festival

Aujourd’hui est une grande journée au Tongren Hospital: une fête est organisée en préparation du Dragon Boat Festival. Cette fête s’inscrit le 5e jour du 5e mois du calendrier lunaire, soit le vendredi 7 juin pour l’année 2019. Cette fête commémore un poète chinois, Qu Yuan, qui se serait jeté de désespoir dans la rivière, suite à une guerre perdue par la Chine. Des bateaux auraient repêché son corps pendant que leurs équipages essayaient d’effrayer ou de distraire les poissons en leur envoyant des Zongzi (triangles de riz enveloppés dans du bambou).

A cette occasion, nous avons été invitées à prendre part à des activités avec les patient.e.s, les thérapeutes et les étudiant.e.s. Les ‘festivités’ ont commencé avec un accueil en danse et en chant. Il nous avait été demandé de préparer une chanson. Nous avons chanté ‘Aux Champs Elysée’. Par la suite, Merry, étudiante, a fait un discours en anglais et en chinois expliquant l’histoire de cette fête. Assis.e.s à des tables face aux patient.e.s, nous avons peint des poissons effrayants et appris à faire des Zongzi. Les festivités se sont terminées avec le concert d’une thérapeute jouant d’un instrument à cordes traditionnel. Émerveillement, joie et émotion ont émaillé ce moment d’échange.

Nous avons également fait une présentation de patient.e à une partie de l’équipe des thérapeutes pour conclure ces jours de formation.

Nous avons terminé notre séjour sous les flashs des appareils pour de belles photos souvenir.

 

Jour 10 : Wuxi

Le vendredi, nous nous sommes rendues au Swissnex à Shanghai. Il s’agit du consulat suisse pour la science, la recherche, l’innovation et l’éducation qui met en lien la Chine et la Suisse. Le Dr Felix Moesner nous a accueilli et présenté les activités du Swissnex. Nous avons terminé cet échange autour d’un café, d’une eau minérale suisse et de chocolat, en discutant avec deux stagiaires suisses.

Et pour terminer quelques photos de nos deux derniers jours à Shanghai.

Merci à HESAV pour cette organisation, au canton de Vaud pour son soutien… nous avons vécu de très beaux et riches moments de formation et fait de très belles découvertes interprofessionnelles, culturelles et culinaires !