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Summer University à la Jiangnan University de Wuxi en Chine

3 avril 2018

Arrivée:

Début de l’aventure ; nous sommes arrivés après un long voyage à Wuxi, « petite » ville de la province de Jiangsu en Chine. Nous avons été accueillis par deux étudiantes de l’université de Jiangnan. Nous avons été confrontés assez rapidement à la barrière de la langue et la difficulté que cela représentait. Nous avons donc commencé notre immersion dans ce nouveau décor avec l’esprit le plus ouvert possible, en développant des stratégies de communication, en mobilisant nos connaissances d’anglais et de langage non-verbal. Malgré cela, nous avons remarqué que cela ne suffirait pas et que nous devrons nous sensibiliser à la langue chinoise afin de pouvoir nous faire comprendre.

Immersion dans le campus :

Nous avons été très vite confrontés à un esprit étudiant encore inconnu, envahissant tout le campus. Composé à la manière d’un village, le campus comporte restaurants, commerces et bâtiments dortoirs (dans lesquels les étudiants semblent être placés selon leur origine) disséminés entre des parcs et des lacs, ce qui rend sa taille impressionnante. Nous ne nous attendions pas à y voir une si grande diversité ethnique et culturelle. De nombreuses disciplines sont représentées au sein de l’université, chaque faculté ayant son propre bâtiment. L’école d’infirmière n’est cependant pas indépendante : elle se situe dans le bâtiment de médecine et est gérée par cette faculté.

Découvertes de la semaine :

Le département de soins infirmiers est concentré sur un étage du bâtiment de médecine. L’étage est aménagé comme dans un service hospitalier : dès la sortie de l’ascenseur, un desk se présente, suivi des diverses salles de soins aménagées selon les thèmes pratiques : salle ergonomique pour les personnes âgées (sorte d’appartement entièrement automatisé pour faciliter la vie à domicile), salle d’examen clinique dotée d’une vingtaine de bustes de mannequins électroniques, salle de physiothérapie, salle de soins pratiques type chambre d’hôpital (8 lits avec mannequins entiers), salle de médecine traditionnelle chinoise et une salle d’ECOS. En un coup d’œil, nous remarquons que la surface mise à disposition et les moyens dépensés semblent être plus importants que dans notre école en Suisse, pour un nombre inférieur d’étudiant. Cela nous mène à penser que la formation d’infirmière en Chine est en développement rapide et qu’ils mettent une grande importance à ce que les étudiants soient bien préparés.

La volée infirmière comporte 50 étudiants. Leur cursus se déroule sous la forme d’un Bachelor en 3 ans et un Master en 2 ans, pour lequel les étudiants sont sélectionnés sur concours. Il n’est donc pas nécessaire pour eux de travailler avant de poursuivre la formation en « post grade » mais seuls les meilleurs étudiants sont sélectionnés. Nous n’avons pas pu en savoir plus sur leur processus de formation mais nous espérons développer ce point lors de la suite de l’aventure.

Nous avons eu l’occasion de visiter un musée sur le site de l’école ; le Human Body Museum. Il expose des coupes anatomiques des différentes parties du corps humain, organisées selon les différents systèmes. Cette visite a autant effleuré les sensibilités qu’attisé les curiosités. En effet, les organes et corps exposés dans les bocaux remplis de formol sont issus d’êtres humains et représentent souvent des déformations et des pathologies, à la manière de l’exposition Body World, présentée en Suisse récemment. Cela nous a permis de concrétiser nos représentations abstraites de l’anatomie et physiologie.

Synthèse de la semaine :

Dépaysement garanti ! L’accompagnement a été assuré au quotidien par des étudiantes en soins infirmier de l’université, volontaires, qui se démènent pour nous présenter le campus et nous expliquer son fonctionnement, nous guider à travers ce labyrinthe et discuter des différences entre notre formation et la leur. Cette expérience a bien démarré dans un contexte agréable et verdoyant et nous prenons plaisir à découvrir chaque jour un peu plus de la culture chinoise, dans les soins et la vie quotidienne.

Théorie et Pratique :

Durant cette semaine, nous avons eu l’occasion de visiter différents lieux de soins : Une clinique pédiatrique de médecine traditionnelle tenue par une doctoresse expérimentée qui nous a elle-même donné des cours, une pharmacie de médecine traditionnelle, un centre de réadaptation et un hôpital de stomatologie.

Les cours donnés par la doctoresse Yang au sein de la clinique pédiatrique portaient sur les « baby massages » (techniques de soins par toucher, suivant les méridiens) et la moxibustion (technique de soins suivant les points d’acupressure/acupuncture, à base de combustion de bâtons remplis d’herbes médicinales. Nous avons eu l’occasion de voir ces techniques appliquées par des thérapeutes spécialisés sur des patients âgés de 3 et 6 ans. Ces manipulations étaient utilisées dans les deux cas dans un cadre thérapeutique. Ces enfants se rendaient donc à la clinique 3x par jour pour recevoir des soins jusqu’à leur guérison. Ces soins peuvent également être utilisés dans un processus de prévention de la santé. Nous retrouvons cette configuration dans l’essentiel de la médecine traditionnelle où la prévention de la santé a une place primordiale. En effet, contrairement à notre médecine occidentale et nos médecines parallèles avec lesquelles nous nous efforçons de traiter les symptômes ou les maladies en soi, la médecine traditionnelle chinoise s’occupe de maintenir un bon état de santé général. Pour ce faire, ces techniques ont une approche externe (soins physiques) : ces manipulations sont utilisées pour réguler le Qi [Chi], énergie vitale de façon à accélérer son flux, le diminuer ou l’équilibrer.

A la pharmacie, comme chez nous, les patients viennent chercher leur préparation d’« herbes médicinales» (le terme « herbes » regroupe plusieurs éléments comme des végétaux, des animaux et des métaux, souvent mixés et mélangés). L’ordonnance est réalisée par un médecin, à la suite d’une consultation faite au sein même de la pharmacie basée sur une anamnèse, une évaluation des symptômes et une analyse de la langue et des pulsations. Les photos de la pharmacie sont plus parlantes que des mots pour illustrer la différence avec nos pharmacies traditionnelles.

Le centre de réadaptation est intégré dans un hôpital (No 9 People’s Hospital) et a recours autant à de la médecine traditionnelle qu’à de la médecine dite moderne et occidentale. Nous avons eu l’occasion de partager des connaissances avec Dr. Wang, médecin cadre, concernant les différentes prises en charge des patients et les techniques utilisées. Nous avons suivi des thérapeutes qui nous ont fait découvrir les interventions mises en place dans le cadre de réadaptation, souvent dans des cas d’accident du travail. Ces thérapeutes travaillent de manière pluridisciplinaire (physio, ergo, etc.) mais connaissent et sont capables d’agir dans le champ de compétences de l’autre. Nous avons constaté une grande autonomie des patients dans leur prise en charge. En effet, ils se rendent quotidiennement dans les différents espaces dédiés à la réhabilitation et utilisent les machines et les techniques par eux-mêmes, sous surveillance des thérapeutes et après explications. Cela nous a fait réfléchir et débattre quant à la prise en charge des patients en Suisse et le juste milieu entre autonomie et sécurité du patient.

Nous avons eu l’occasion de visiter un nouvel hôpital public d’oro-stomatologie. Les soins dentaires en Chine sont pris en charge par l’assurance maladie de base. Les postes de travail sont munis de matériel à la pointe de la technologie, comparable à celui trouvé chez les dentistes en Suisse. Les infirmières dans cet hôpital ont une spécialisation en stomatologie et leur rôle est d’assister le médecin lors des soins au patient ainsi que d’assurer la gestion de l’environnement. Nous avons été surpris par la notion de confidentialité : les noms et prénoms des patients sont affichés sur des écrans dans tout l’hôpital et les patients n’ont pas toujours été avisés de notre présence lors des démonstrations de soins.

Visites

Nous avons eu la chance de pouvoir faire des visites culturelles, autant avec les enseignants et les volontaires du programme que par nous-mêmes. Nous avons pu donc découvrir le Taoïsme et le Bouddhisme au travers de visites guidées de temples. Nous pouvons remarquer une similitude entre les préceptes du Taoïsme (enseignements de Confucius, Yin et Yang) et les fondements de la médecine traditionnelle.

Dernière semaine

Durant notre dernière semaine nous avons assisté à des cours qui nous ont permis de compléter notre compréhension de la médecine traditionnelle chinoise notamment en approfondissant nos connaissances sur les méridiens, l’étude des lignes de la main, réflexologie des points au niveau des oreilles (auriculothérapie), les bains de pieds et la technique de moxibustion avec boxes. Nous avons pu ainsi pratiquer directement les différentes approches. Ce fut l’occasion pour deux étudiants téméraires de tester la technique de Gua-Sha appelé aussi scraping qui consiste à racler la partie du corps atteinte de façon énergétique à l’aide d’un petit outil fait de corne, jade ou porcelaine, activant la microcirculation et provoquant des hématomes impressionnants. Cette expérience qui au départ entretenait un certain scepticisme a démontré que la douleur était supportable mais que cette technique pouvait être perçue comme invasive et difficilement transposable dans nos hôpitaux.

Nous avons également fait une sortie en bateau qui nous a amené sur l’île de la tête de tortue, presqu’île du lac Taihu. Nous y avons contemplé des statues de Lao Zi (Lao Tseu), considéré comme le père fondateur du taoïsme, de Confucius (les deux personnages étant des contemporains), ainsi qu’une « tortue dragon », la tortue étant un symbole taoïste représentant la puissance et la sagesse. Cela nous a permis d’approfondir nos connaissances au sujet de l’émergence du taoïsme et de faire des liens avec la médecine chinoise.

Pour le travail de validation nous avons eu à préparer une présentation sur l’une des thématiques apprises durant notre séjour. A cette occasion nous avons pu au travers d’échange avec des étudiantes infirmière de Wuxi, approfondir nos connaissances sur les différences en matière de santé entre la Suisse et la Chine. Il est apparu que les infirmières en Chine ont à quelques détails près le même cahier des charges que nous. Les soins de bases (toilette, repas, etc.) étant réalisés par les familles des patients, les infirmières se consacrent principalement à l’élaboration des plans de soins, aux surveillances et aux soins techniques. Ce moment de partage fut apprécié de tous dans le sens où il nous a permis de nous rapprocher d’un point de vue culturel et professionnel. Au terme de nos présentations, chacun a reçu une certification d’acquis de participation à cette Summer University.

Au terme de cette aventure nous avons quitté le campus pour regagner Shanghai, définie comme la « vitrine » de la Chine. Cette mégapole est la plus grande ville du pays (70 millions d’habitants avec l’agglomération) et un centre financier international. Nous avons été accueillis au SwissNex, consulat scientifique qui favorise les échanges dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’éducation, etc. entre la Suisse et la Chine. Nous y avons rencontré des étudiants de l’HEC Lausanne avec qui nous avons pu échanger sur le but de notre venue en Chine ainsi que nos et leurs perspectives professionnelles.

Ce voyage fut une expérience intéressante, vécue par tous les participants de façon différente, mais riche en découvertes et en émotions. Cela nous a amené à découvrir une toute autre culture de soins, très éloignée de notre médecine occidentale et à laquelle nous avons dû nous adapter pour en comprendre les mécanismes. Le message que nous retenons est l’importance de promouvoir cette médecine dans notre futur rôle de professionnels auprès des diverses populations. Ainsi nous serons capables de mettre à profit et de transposer ces nouvelles connaissances dans notre pratique future.